© Baptiste Cretel
Les poings dans les gants, léger sur ses appuis, Adrien Taffanel débarque au milieu du public comme sur un ring de boxe. L’octogone est là, le sac de frappe aussi, la tension est à bloc : tout annonce le bruit, la fureur et la castagne. Sauf qu’ici, il s’agit de danser avec ses démons plutôt que de les cogner. De déconstruire, geste après geste, le mythe du « vrai bonhomme » et la violence qu’on consomme partout tout le temps. Pourquoi Rocky ne savait-il ni chanter ni danser ? Adrien, lui, fait les deux. Alors il transforme le K.O. en équilibre sur les gants et le combat en acrobatie tendre, partage des oranges et choisit le salto et les paillettes disco. Une performance musclée pour désapprendre à frapper – et prouver qu’on peut être sacrément percutant sans jamais porter le moindre coup.
Quand on est équilibriste, on passe facilement d’un monde à l’autre. Le Lillois Adrien Taffanel en a fait sa marque de fabrique : faire fusionner acrobaties sur les mains et émotions brutes dans des solos qui prennent au ventre (Patient, Mascotte). Et quand il ne joue pas dans la rue, il débarque là où on ne l’attend pas – prisons, hôpitaux, facs, centres médico-sociaux. Un cirque contemporain tout-terrain qui mise sur la rencontre, pas sur le vernis qui brille.